07 Sep

Je supporte mal d’être loin d’eux…

Lorsque ma fille avait quelques semaines à peine, je sentais déjà une certaine pression pour que je la fasse garder. Il faut dire qu’on était en pleine saison estivale et que les invitations à faire les diverses activités que nous avions l’habitude de faire, avant ma grossesse, fusaient de partout.

Je ne me sentais pas à l’aise avec l’idée de me séparer d’elle, mon si petit bébé. C’était tellement intense, ce sentiment que je devais être là pour elle à chaque seconde. D’ailleurs, c’était un bébé avec des besoins plutôt intenses. Je ne dis pas ça négativement, elle était une petite cocotte extraordinaire, très allumée, et son petit réservoir d’amour et de confiance avait souvent besoin d’être rempli. Elle était accrochée au sein près de 23h sur 24 et je parvenais rarement à la déposer (vive les porte-bébés), surtout le soir et la nuit. Et je les trouvais tellement beaux, ces moments juste à nous, lors de ces tétées nocturnes, où je voyais ses grands yeux briller dans le noir, où je sentais ses petites mains s’accrocher à moi, et où je l’endentais avaler doucement son lait, comme si c’était pour elle la plus grande satisfaction du monde…

Puis, un jour, j’ai cédé. Parce que j’ai cru que c’était ça que je devais faire, me piler sur le cœur. Parce que t’sais, fallait bien qu’on montre que nous autres, on continue à faire tout ce qu’on faisait avant, même si on a un enfant. Ce n’était quand même pas quelques heures sans moi qui allaient « toute fucker » ma fille! Je me vois encore tirer mon lait pour la première fois, un peu à contrecœur, avec mon chum qui essayait de m’aider, tant bien que mal… Je me revois pleurer en regardant son si petit corps qui avait tant besoin de ma présence, de ma chaleur. Heureusement, j’avais une confiance aveugle envers la personne qui allait la garder, soit la sœur de son papa, qui est aussi sa marraine adorée.

Cela dit, il y a deux fois où j’ai été particulièrement rongée de remords depuis que je suis maman, et ce sont celles où j’ai écouté les recommandations des autres plutôt que de suivre mon propre instinct maternel, dont cette fois, où j’ai fait garder ma fille avant de me sentir réellement prête à être séparée d’elle. Avant de la sentir réellement prête à être séparée de moi. Tout ça pour aller voir un spectacle. Ce ne sont pas des regrets qui me hantent au quotidien, évidemment, mais ils sont quand même là pour me rappeler que la personne la mieux placée pour connaître les besoins de mes enfants (et les miens, en tant que mère), c’est moi.

Bien sure, il y a aussi leur papa qui est extraordinaire. Je dirais même qu’il surpasse l’image que j’avais, auparavant, quand j’imaginais le futur père de mes enfants. Et il arrive très bien, lui aussi, à décoder leurs besoins. Mais la nature a doté les femmes d’un instinct maternel très puissant, et ce, particulièrement lors des premiers mois de vie de leur progéniture.

Bref, j’ai réussi à m’amuser à cette soirée, mais je me sentais tellement trop loin de ma fille… Je l’imaginais entrain de chercher mon regard, ma chaleur… L’image de son visage si apaisé lorsqu’elle buvait au sein tournoyait dans ma tête, comme si je n’était pas au bon endroit si je n’étais pas auprès d’elle. J’avais clairement l’impression de perdre des morceaux de sa vie de bébé qui évoluait à la vitesse de la lumière, quelques uns de ses regards qui s’illuminaient quand elle plongeait ses yeux ronds dans les miens. Ces moments magiques ne seraient que des souvenirs, déjà, dans quelques mois à peine. D’autres regards extraordinaires viendraient, mais ce ne serait pas les mêmes. Et si elle faisait un nouveau son, pendant mon absence? Un sourire différent? Un regard encore plus pétillant que d’habitude? Je ne voulais rien perdre de tout ça. Viendrait bien un temps, dans un avenir rapproché, où son évolution irait un peu moins vite, et où je trouverais moins difficile de laisser s’échapper quelques uns de ces moments précieux dans les bras aimants de sa marraine ou de sa mamie.

Puis, avec mon retour au travail qui allait suivre dans quelques mois, elle allait bien avoir l’occasion d’être (trop souvent) séparée de moi.

J’ai donc décidé de suivre mon intuition et de respecter mon besoin d’être à proximité d’elle le plus souvent possible!

Avec le temps, j’ai compris encore davantage ce besoin criant d’être là pour mes bébés et de laisser un peu de côté les autres sphères de ma vie. D’abord, ma fille a grandi si vite! La période avant laquelle nous avons pu retrouver un peu de « liberté » et recommencer à sortir, mon chum et moi, me paraît maintenant si courte (quoi que je ne me suis jamais sentie emprisonnée : telle est la raison des guillemets ajoutés pour le mot liberté). Maintenant, quand je fais garder ma fille, je quitte le cœur plus léger, parce que je sais qu’elle est prête et qu’elle en est même heureuse! Je dis souvent que la maison de sa marraine et de son parrain, c’est comme sa deuxième maison, et c’est le cas!

Puis, voilà presque 7 mois que j’ai accouché mon deuxième enfant. Mon gros garçon. Avec lui aussi, j’ai tenu à en profiter encore à 200%. J’ai senti encore de l’incompréhension, parfois, autour de moi. Peut-être qu’ont me croit parfois prisonnière de mon allaitement, ou encore peut-être pensent-on que je devrais réserver davantage de temps à être autre chose qu’une maman. Mais vous savez quoi? J’arrive très bien à m’épanouir dans tout ça! Je me sens femme, amoureuse, mère, et surtout, je me sens comblée. Rien ne me rend plus heureuse de pouvoir profiter de chaque parcelle de la vie de mes bébés. Et comme mon deuxième est un petit garçon très facile, ça me permet de continuer de passer du temps de qualité avec ma fille qui a maintenant 3 ans, tout en étant à l’aise avec l’idée qu’elle passe 2-3 jours/semaine à la garderie. Elle est tellement contente d’y aller, qui plus est. Je crois qu’on a finalement réussi à bien remplir son petit réservoir de confiance .

Comme je suis actuellement en congé de maternité, je trouve important d’avoir ces 2-3 journées entièrement consacrées à son petit frère, mais j’en profite quand même pour la garder avec nous le plus souvent possible, parce que t’sais, elle aussi, elle continue quand même d’évoluer à un rythme fou, et je veux continuer d’admirer cette étincelle dans ses yeux! Et qui sait? Ce congé de maternité sera peut-être mon dernier…

Jusqu’à présent, j’ai conservé une très bonne vie sociale, tout en choisissant le plus souvent possible des endroits baby-friendly pour mes sorties!
Je sais maintenant à quel point toute cette période de la vie de bébé de mon fils filera à vive allure. Je veux faire des tonnes de « agriiiiiiiii » et de « arrrrrreeeeee » avec lui, tout comme j’en ai fait avec ma grande. Je veux voir son regard pétiller quand je lui chante « violette à bicyclette ». Je veux profiter de toutes les occasions possibles pour sentir son petit corps tout chaud blotti contre moi, entendre tous les drôles de bruits qu’il fait avec sa petite bouche, observer autant que possible sa petite tête de « bubble head » alors qu’il essaie de décoder son environnement, mettre mon nez dans sa bouche à tous moments pour le faire rire et aussi pour sentir son haleine de yogourt nature qui me fait craquer, embrasser ses gros pieds dodus, prendre des snifs de son cou et de sa grosse tête chevelue à tout moment, afin de me faire des réserves pour le moment où je ne pourrai plus faire tout ça. Parce que je l’ai tellement fait avec ma fille et que, chaque fois que j’y repense, mon cœur fond.

Mon chum et moi, on sait très bien tous les deux qu’il reviendra vite, ce temps où nous pourrons recommencer à sortir sans eux de temps en temps. La vie ne s’arrête pas dans six mois, pis on est encore jeunes! Déjà, on a commencé à se permettre des sorties tout dernièrement.

D’ailleurs, avant que je tombe enceinte de notre mini, mon conjoint m’a déjà confié qu’il préférait de loin nos « 5à7 » en famille à la maison le vendredi soir, que d’aller fêter dans les bars! Pis quand on finit par sortir, bien on l’apprécie 100 fois plus qu’avant! Pis après, on est les parents les plus heureux du monde de retrouver nos cocos (ouais, la vérité c’est qu’on a passé une grosse partie de la soirée à regarder des photos d’eux, à parler d’eux… Ils ne quittent jamais vraiment nos pensées ces petites bebittes-là!).

Évidemment, chaque parent est différent et ce texte ne se veut aucunement une façon de culpabiliser ceux qui se sentent à l’aise plus rapidement de faire garder leur bébé. C’est simplement notre histoire à nous. Parce qu’au-delà du concept de se séparer ou non de nos enfants, l’important dans tout ça, c’est de respecter nos propres limites et, surtout, d’écouter notre instinct, particulièrement lorsqu’une situation nous arrache le cœur… Puis, finalement, il est important de nous rappeler à quel point tout ça passe si vite!

Annie-Claude

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